Le concours de l’internat, c’est un peu comme les feux de l’amour…

Mais à la fin c’est quoi, ce concours de l’internat, et pourquoi en faire une note aujourd’hui ?
Le concours de l’internat, je  vous en ai parlé , vu de l’intérieur.
En fait ce n’est plus un vrai concours, et ça ne porte plus le même nom. Ca s’appelle ECN et ça veut dire Epreuves Classantes Nationales. Ca sert donc à classer les étudiants en médecine de toute la France, du 1e au dernier, environ 7000e cette année. Ensuite, les étudiants tout frais sortis de leur 6e année, pourront choisir leur poste d’interne (comme moi, champagne !), et avoir le privilège d’être à la fois docteur (parce qu’un interne, ça prend en charge des patients tout seul) ET encore étudiant (1).
Mais les ECN ne sont pas un vrai concours stricto sensu parce que même le dernier peut avoir un poste à la fin. Tout le monde est reçu. Génial non ?
Oui sauf que non, pas si génial que ça. Ce concours (qui-n’en-est-pas-vraiment-un) est remis en cause depuis sa création et même avant.
Voici ma version de l’histoire. Comme elle sera forcément biaisée parce que racontée selon mon point de vue, toutes vos remarques sont les bienvenues en commentaire. Et comme elle est bourrée de caricature, de second degré, et saupoudrée d’un zeste de mauvaise foi (mais si peu),  parce que sinon c’est moins rigolo, je fais appel à toute votre diplomatie. Surtout si vous faites partie des protagonistes (vous allez voir, ceux en gras. Normalement, j’ai essayé d’être équitable, tout le monde en prend pour son grade !). Merci.
Pour vous raconter cette histoire, laissez-moi donc vous présenter les principaux personnages :
Les étudiants : un peu ballotés au rythme des réformes, avec lesquelles ils ne sont de toute façon jamais d’accord. Essaient de donner leur avis. Toujours de manière maladroite.
Ils sont toujours trop nombreux (en stage, en cours, en nombre de copie à corriger…), sauf quand ils sont pas assez (quand il s’agit de vouloir faire généraliste en campagne. Les ingrats). Une caractéristique particulière : même le plus zen d’entre eux peut devenir extrêmement stressé l’année de ses ECN, c’est un mystère sur lequel les meilleurs experts planchent toujours…

Le ministère
: aime que l’opinion publique soit de son côté. Aime les chiffres. Aime quand les étudiants se transforment en jolis chiffres qui vont faire des belles statistiques à donner en pâture à l’opinion publique (2). N’aime pas quand ses prédécesseurs lui ont refilé un gros bébé tel que le trou (non, pas de la sécu) de la démographie médicale dans certaines régions peu attractives, et que les étudiants, ces ingrats, ne veulent pas tous aller faire de la médecine générale en campagne (comme ça les mamies sont bien soignées et l’opinion publique elle est contente, CQFD)

La conférence des doyens
: composée de doyens des facultés de médecine, comme son nom l’indique. Eux, ils aiment que les étudiants de leur fac réussissent bien aux concours, comme ça après ils peuvent jouer à qui a la plus grosse (proportion d’étudiants bien classés, mais qu’est-ce que vous allez imaginer ?). Et ils n’aiment pas quand les étudiants sèchent les cours pour aller bosser ailleurs, par contre, parce que ça veut dire que les cours des profs sont mauvais/complètement inadaptés à la préparation du concours. Et c’est pas des petits étudiants de merde qui vont se permettre de juger le travail de grands spécialistes qui ont fait des milliards d’années d’études non mais ho.
Les spécialistes hospitaliers : ils ont réussi l’ancien concours de l’internat. Ils sont forts, ils sont beaux, ils font des milliards d’années d’étude. A la fin, ils gagnent même le droit d’aller enseigner à des étudiants qui sont toujours soit trop nombreux dans des amphis trop petits, soit trop absents parce qu’ils révisent leur concours (ou qu’ils ont fait la fête la veille, mais seulement en 2e et 3e année), les ingrats.
Les généralistes : certains ont un complexe d’infériorité et crient très fort qu’ils veulent être l’égal des spécialistes (aussi beaux, aussi forts, pouvoir faire plein d’années d’études et enseigner à des étudiants qui sont toujours … vous avez compris le topo ou je vous le refais ?).
Et ceux qui n’ont pas de complexe d’infériorité ? Ils sont pour la plupart très heureux et même s’ils sont plus nombreux que tous les autres personnages que je viens de citer, ils ont vraiment autre chose à faire que de se préoccuper de ce foutu concours.
Avant les ECN, c’est-à-dire avant 2004, il y avait donc le « concours de l’internat ». Le principe était simple :
– Ceux qui veulent une spécialité choisissent de le passer. S’ils le réussissent ils seront « internes », vont se former et exercer à l’hôpital pour devenir spécialistes (beaux, forts, etc. vous vous souvenez ?). Plusieurs essais sont possibles, le nombre de poste d’internat offert est limité.
– Ceux qui veulent être généralistes peuvent bosser au rythme des examens de leur faculté. Ils deviendront « résidents » pendant 3 ans, dans leur ville, puis iront exercer la médecine générale où ils veulent. Ce sera aussi le cas de ceux qui échouent au concours. Le nombre de poste, par conséquent, est illimité.
Cette séparation en deux groupes avait pour avantages :
– D’être simple à comprendre,
– D’être simple à comprendre,
et heu… c’est tout, en fait ?
Les inconvénients principaux de ce concours :
– Créer un état d’esprit sympathique entre les « élites » des spécialistes tels que je vous les ai décrit, et les « ratés » ou « fainéants » de généralistes, tels que je vous les ai décrit aussi. C’était un discours que l’on pouvait vraiment entendre assez couramment à l’hôpital.
– Se baser sur un programme ne prenant pas vraiment en compte la médecine générale, alors qu’elle concerne plus de la moitié des étudiants.
– Pour le ministère (qui aime les chiffres, vous vous rappelez ?) : ne permet de contrôler QUE le nombre de futurs spécialistes. On ne sait pas combien de généraliste on va former, ni où. En plus comme les étudiants ont le droit de redoubler pour essayer plusieurs fois d’être spécialiste, ça fout un sacré bordel. Du coup, les statisticiens sont au bord de la dépression, ils ne savent plus quoi dire au journal de 20h pour les mamies qui veulent un généraliste dans leur campagne.
Bref, on s’est dit à ce moment là que changer ce concours allait permettre à la fois de contenter les généralistes en les mettant sur un pied d’égalité avec les autres spécialités, et de pouvoir mieux décider qui allait faire médecine générale dans quelle ville, puisque les postes ouvert à la médecine-gé vont désormais être comptabilisés et limités. Le mot d’ordre devient « Revalorisons la Médecine Générale »
Après quelques tergiversations et une année de transition (2004) naissent les ECN. On fait une grande réunion, la CPNEM (Commission pédagogique nationale des études médicales) pour décider du programme des nouvelles épreuves, en accord avec les doyens, les spécialistes, les généralistes et les étudiants. Et en 2005, tout le monde était classé par un concours commun sur un programme commun, tout le monde même le premier pouvait choisir la médecine générale, tout le monde était content.
Enfin, pas vraiment tout le monde.
Le ministère a commencé à se plaindre, parce que les étudiants ne rentraient pas dans leurs jolies cases, ne correspondaient pas à leur chiffre, et ça faisait tache dans leurs beaux messages adressés à l’opinion publique : Parmi les étudiants passant les ECN, ceux qui n’ont pas le bon classement pour faire la spécialité de leur rêve veulent pouvoir redoubler (comme c’était possible avant). Et ceux qui n’ont pas le bon classement pour faire médecine générale dans leur ville (comme c’était possible avant) veulent aussi pouvoir redoubler. Au final, plein de futurs médecins redoublent, et certains postes disponibles au concours ne sont pas pris.
Comme par hasard, les postes qui ne sont pas pris, c’est ceux de médecine générale dans les régions peu attractives. Le ministère voit rouge, les étudiants sont vraiment des ingrats. Les statisticiens sont licenciés et partent en dépression.
Comme c’est quand même lui qui décide, le ministère, en 2006, décide d’offrir moins de postes que d’étudiants qui passent le concours ! Comme ça il prévoit d’avance qu’il y aura des redoublants, ça collera à peu près avec ses chiffres, et ça préserve ses nouveaux statisticiens du sort de leurs prédécesseurs.
– Là, c’est évidemment les étudiants, ces enfants gâtés, qui râlent. Passer le concours de votre vie, se retrouver 4800e quand seulement 4500 postes sont prévus, ça fait un gros coup de stress. Et c’était pas les règles du jeu qu’on leur avait présenté au départ.
En plus de ça, ils trouvent ça trop injuste, parce qu’il y a plein de gens qui veulent faire des spécialités et vraiment pas assez de poste à leur goût. En plus, y’a quelqu’un de chez les doyens qui a eu la bonne idée de proposer des chiffres qui vont dans leur sens, alors les étudiants veulent s’en servir pour amadouer le ministère.
Le ministère ne se laisse pas faire, il les détourne avec d’autres lois ridicules et continue à se battre pour donner des généralistes aux mamies en campagne. Quel altruisme quand même.
La saga continue jusqu’à aujourd’hui, avec chaque année des péripéties à en faire pâlir les feux de l’amour.
– Par exemple on peut ajouter que dans ces ECN, les étudiants sont de plus en plus inquiets : ils sont de plus en plus nombreux chaque année, pour le même nombre de point (900 points pour 9 dossiers). Les doyens et le ministère ont bien réussi à imposer une épreuve supplémentaire, la Lecture Critique d’Article (pour 100 points de plus). Mais classer maintenant 7000 étudiants sur 1000 points, quand les notes suivent de jolies courbes de Gauss, ça a quand même un goût de roulette russe pour les étudiants jamais contents.
– Du coup ils font quelques propositions de changement, mais timides, et ils ne sont pas spécialistes en docimologie (3), ils n’ont aucun recul sur leur futur examen, et puis le ministère et les doyens ne les écoutent plus, ces petits empêcheurs de tourner en rond éternels râleurs de toute façon.
– Et dernièrement, les doyens, peut-être agacés de n’avoir pas trop voix au chapitre ces dernières années, ou bien frustrés que les étudiants ne viennent pas trop à leurs cours, ou alors parce qu’ils cherchent de nouvelles règles pour leur jeu de qui a la plus grosse (proportion de bien classés, toujours)… ont décidé d’imposer un changement radical à ces ECN qui ne contentent personne.
Ils voudraient que l’enseignement de la faculté soit pris en compte dans le classement.
Alors là, bravo, tout le monde applaudit, ce sont de très jolis mots.
Enfin, je veux pas faire ma rabat-joie, mais normalement, l’enseignement de la faculté il se fait sur le fameux programme sur lequel on s’était mis d’accord. Qui est aussi celui des ECN, ça tombe bien, non ?
En fait, point question d’enseignement dans leur idée, rassurez-vous !  Il s’agirait juste de classer les étudiants à l’intérieur même de leur faculté. A l’intérieur même de leur promotion. Puis de se servir de ce classement pour compléter la note du concours.
Je n’ose imaginer la bonne ambiance entre étudiants des futures promos s’ils sont tous constamment dressés les uns contre les autres. Je n’ose pas imaginer l’afflux vers les bancs des bibliothèques universitaires et le vide dans les stages que ça ne va pas manquer d’aggraver si c’est encore sur des épreuves théoriques qu’on se propose d’évaluer tout ce beau monde. Et surtout, je n’ose pas imaginer la réaction des étudiants quand on va leur imposer ça « très prochainement ».
Vous aimez les rebondissements ? Je parie que ça va gueuler !
(1) C’est le 3e cycle des études médicales. Le 1e cycle est en 1e et 2e année, le 2e cycle va de la 3e à la fin de la 6e année
(2) Je cite Mme Bachelot dans une interview toute fraiche : « Or ma mission, c’est bien de préparer l’avenir. Et nous avons des résultats : 49 % des internes ont choisi cette année la médecine générale, contre 37 % en 2007. » Forcément, si ça correspond au pourcentage de postes proposés et qu’on laisse moins d’étudiants redoubler. Je propose une petite expérience : on laisse les gens choisir ce qu’ils veulent : spécialité, médecine générale, et la ville. On verra dans ce cas si de VRAIS efforts pour revaloriser la médecine générale et certaines régions ne seraient pas les bienvenus.
(3) Oui, ça existe. Mais pas en France, rassurez-vous. Et dans le domaine de la santé, ça donne ça.
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27 commentaires pour Le concours de l’internat, c’est un peu comme les feux de l’amour…

  1. Petit Etudiant dit :

    On parle beaucoup, on parle beaucoup mais au final j’ai surtout l’impression que ça avance pas beaucoup. Au mois d’Avril JeNeSaisPlusQui avait mis un coup de pression, » vous, étudiants, avez deux mois pour trouver une solution au taux d’inadéquation sinon on interdit le redoublement, BIM. » 6 mois plus tard on attend toujours. Même si la tendance général, tout du moins chez nous, est à un durcissement des conditions de redoublement. Le doyen n’a pas d’avis sur la question, enfin si il en un mais il en change tout le temps. L’année dernière, rentrée des D2(4eme année de médecine, début externat) : Ceux qui ont eu un rattrapage pendant l’externat ne pourront redoubler la D4 (6eme année, année du concours). Cette année, halte aux redoublement, on élargie dès la p2 ( 2ème année de médecine)! Il parait qu’ils (v)ont investir dans un logiciel pour classer les étudiants et voir si le classement de la D4 est représentatif ou non du parcours de l’étudiant et décider en fonction. Du lol en vue.
    Enfin bref, je réponds un peu à côté du billet, c’est que les ECN on est capable d’en parler pendant des heures entières, sans jamais vraiment faire avancer le débat.
    Tout cela pour dire que lorsqu’ils voudront faire avancer les choses ça avancera vraiment, là j’ai juste l’impression qu’on se branle un peu la nouille, certains font pressions, les étudiants restent sur leurs positions, les alternatives ne sont pas étudiés et reste à l’état de projet (TCS, ça doit bien faire 5 ans qu’on est au même point parfois il revient sur le table, comme les ECIR, ECN mais version régional non national).
    La CPNEM ne s’est pas réunie l’année dernière, cette année c’est au programme? C’est elle qui décide au final non?

    (Chouette blog)

  2. Barbara dit :

    ben pas si caricatural que ça non non malheureusement

    ps on pourrait transposer à l’Education Nationale ….

  3. kyste dit :

    Le vrai problème de l’ECN, comme de l’internat, était de privilégier le théorique sur la pratique, de favoriser les autistes sur ceux capables d’aligner deux mots devant un malade. Certains pleurent un peu quand ils débarquent dans le stage où il va falloir voir des vrais gens et pas des bouts de papiers qui rentrent pas dans les cases, salauds de malades.
    Le drame est de ne pas prendre en compte la capacité de s’exprimer, d’avoir du contact, de savoir examiner un patient sans avoir peur, de parler à la famille, tout ce qui fait ce métier. Tant que le classement ne prendra pas en compte les qualités cliniques des candidats ce sera boiteux. J’entends mugir la menace du piston, de l’iniquité, etc. Il faudra revenir un jour à un examen local incluant la dimension clinique et pratique. Mais je vous rassure ce n’est pas pour demain…

  4. SoleilDeMarseille dit :

    Aux examens, j’ai toujours eu du mal avec les cas cliniques. Le malade devant moi, ok, un texte imprimé, rien à faire, ça ne passe pas. Je me posais trop de questions, je trouvais que les renseignements évidents étaient tronqués. Bref les exam ça me gonflaient. Ca a d’ailleurs laissé perplexe pas mal de chef de service qui ne comprenaient pas qu’au lit du patient parfait, et sur la copie … sans commentaire.
    Heureusement j’ai fait partie de la dernière promo avant les ECN; sinon je pense que je n’aurai pas eu mon diplôme. Ca ne m’a pas empêché de passer des DU en plus.
    Je rappelle qu’ailleurs en Europe, donc à diplôme équivalent avec la France, certaines spécialités sont accessibles sans concours. Je crois me rappeler également que limiter le nombre de poste, c’est limiter l’offre … probablement qu’ainsi le ministère de la santé pense limiter la demande ?

  5. openblueeyes dit :

    Soleil De Marseille > Limiter l’offre pour « limiter la demande », c’est exactement dans cet état d’esprit qu’avait été mis en place le numerus clausus de fin de 1e année. Faudra que j’écrive un petit quelque chose à ce sujet, d’ailleurs.
    Kyste et Petit Etudiant > En fait, à mon avis, ce qu’il manque pour réformer ce concours, c’est une vraie volonté de faire les choses bien. Il existe des gens, dans le monde, qui se penchent sur la meilleure manière d’évaluer, de classer les étudiants, de sélectionner les meilleurs médecins… (à l’étranger évidemment). Ces gens-là vous diront sûrement qu’il faut mieux intégrer la pratique clinique, introduire la notion de « doute » dans la décision comme c’est le cas avec le TCS, des choses comme ça.
    Mais personne ne va chercher à les consulter. Aucune personne qui en a le pouvoir, au ministère, chez les doyens ou même chez les étudiants, ne va chercher à vraiment se creuser la cervelle pour que ce concours soit réformé de manière intelligente. Chacun va se regarder le nombril, essayer de tirer la couverture à lui, mais je ne connais personne qui ait le pouvoir de faire s’asseoir les protagonistes autour d’une table, de leur dire de laisser de côté leur ego pour se mettre à travailler sérieusement.
    Partant de ce constat, c’est pas prêt de s’améliorer, non…

  6. Jim dit :

    @kyste : C’est un peu simpliste comme vision des choses non ? La médecine n’est pas non plus uniquement une compétence qui s’apprend « sur le tas ». La théorie est importante, d’autant plus que les petits cas cliniques type ECN ne sont pas d’une complexité folle. Le tout n’est pas de savoir parler avec les gens, on parle d’un métier de haute technicité, il faut aussi l’exercer selon les regles de l’art, les consensus etc… et pour cela, il faut bien les apprendre ! Parce que tout de meme, en corrigeant des copies on se rend compte que certains sont tout simplement dangereux par leur incompétence, qu’ils aient ou non la tchatche devant le patient…

    Non le gros probleme de ces ECN, c’est que voila un concours que les étudiants n’ont pas envie de passer, le gouvernement pas envie de financer et les profs pas envie de corriger (d’ou les grilles absurdes…) et sur lequel en 3 jours se joue le destin de 7000 personnes.

    Donc oui, le concours est injuste, impitoyable, un peu délirant parfois ; mais non : bien classé ne signifie pas autiste et mal classé gentil humaniste pour autant…

    • kyste dit :

      Je n’ai jamais dit que bien classé signifie autiste et mal classé gentil humaniste. Je pense que tant que nous ne prendrons pas en compte la manière d’appliquer la théorie à la pratique réelle le système sera boiteux. Je ne crois pas que la médecine soit un exercice d’une haute technicité, heureusement sinon peu serait capable de l’exercer. Quelques connaissances solides de base (anatomie, physiologie, sémiologie, thérapeutique) , un peu de bon sens, d’esprit critique et de la curiosité suffisent à se dépatouiller de pas mal de situations.
      On apprend de la confrontation entre les livres et la clinique. Il y a une vraie complémentarité entre savoir et faire en médecine. L’un ne s’oppose pas à l’autre mais se complète. Le faire en médecine passe par le contact, c’est dommage que cette dimension ne soit pas évaluer comme le savoir.

    • Babydoc dit :

      Cher Jim,

      Je suis assez d’accord avec vous sur la notion d’incompétence qui peut ressortir d’une correction de copie(s) mais le système tel qu’il est conçu actuellement fait que l’incompétent aura tout de même son poste d’interne. Ce qui aurait pu donc faire office de barrière à la dangerosité d’un interne perd finalement sa vocation. Quand à changer les ECN pourquoi mais par quoi? Un mélange de concours théorique et d’évaluation durant les stages??

    • Jim dit :

      @kyste : j’ai peut être surinterprété votre première phrase « Le vrai problème de l’ECN, comme de l’internat, était de privilégier le théorique sur la pratique, de favoriser les autistes sur ceux capables d’aligner deux mots devant un malade. »
      Je vous rejoins par ailleurs sur l’importance de la confrontation de la théorie et de la pratique, mais je reste convaincu de la technicité du métier de médecin (pourquoi faire 10 ans d’études sinon ?), et du fait que l’exercice de la médecine demande plus que de se « dépatouiller » au vu des enjeux (humains, éthique, économiques…).

      Apres, comment évaluer la pratique ? Et surtout, est il possible de classer les étudiants par la pratique ? Et que signifie cette pratique quand certains étudiants se destinent à la radiologie, à la biologie, à la santé publique etc…
      Dans bien d’autres pays, la pratique s’apprend apres la théorie, au cours de l’internat, et leurs médecins ne sont pas franchement moins bons que les francais.

      @Babydoc, l’évaluation des stages est, me semble t’il, la pire option pour classer des étudiants. Du moins, en l’état actuel des choses. Certains ne mettent pas les pieds dans leur stage « planque » et valident leur stage avec 50/50, d’autres sont les esclaves de leur stage de réanimation et sont remerciés de tous leurs efforts d’une remarque méprisante sur leur avenir et d’un 25/50… (Et ce n’est pas pres de changer semble t’il).

      Pour votre remarque sur l’incapacité des ECN à eliminer les incompétents, ce n’est tout simplement pas leur role. C’est le role des partiels des facultés !

      Pour moi, le systeme idéal serait de faire un concours pour chaque discipline, organisés par les colleges des enseignants, selon des modalités de leur choix. Ainsi, le meilleur en psy pourrait devenir psy, etc. Mais cela est de toute facon utopique, vu l’augmentation des couts que cela représenterait.

      Une autre solution serait tout simplement d’abolir ce concours. Comme dans bien d’autres pays : chacun se forgerait un CV de part ses stages, diplomes, notes, motivations, et postulerait dans les services pour etre interne. Mais proposez cela, et les memes qui crient à l’injustice pour les ECN deviennent soudain leurs ardents défenseurs et crient au piston…

    • kyste dit :

      @Jim
      Concernant la pratique, je pense que c’est d’autant plus important de l’évaluer pour des gens qui ne verront plus de malades ou du moins ne seront plus en responsabilité clinique. Pour les biologistes, il va falloir qu’ils donnent leur opinion sur les résultats qu’ils vont rendre, je pense qu’il est essentiel de savoir ce que c’est qu’un malade. Je pense qu’un socle commun acquis durant le deuxième cycle associant théorie et pratique peut permettre à tous de parler le même langage est important. Je pense qu’être au contact des patients tôt permet de savoir si on aime ou pas.
      Concernant votre proposition de faire disparaitre le concours, je suis tout à fait d’accord. C’est un système très proche du système américain. Les étudiants refuseront obligatoirement un tel système en france l’angoisse du piston est trop forte on préfére le loto de l’ECN

    • Jim dit :

      Oui pour évaluer la pratique, et rendre cette évaluation validante. Mais classer les étudiants et donc determiner leur spécialité sur cette évaluation me semble vraiment problématique. De toute facon, si cela venait à entrer dans la note de l’ecn, on verrait apparaitre des « confs » d’auscultation, de relation médecin patient etc que les étudiants bachoteraient comme le reste…

  7. Jim dit :

    Et sinon, un bien bel article. La citation de notre chère ministre du travail sur les 49% d’internes choisissant MG est particulièrement savoureuse de malhonneteté intellectuelle !

  8. Jim dit :

    ministre de la santé pardon !

  9. tique dit :

    Et bien quand on est profane, çà semble presque clair,
    bien français
    et largement à la traine comme gestion
    mais un petit test de capacité à écouter et à entendre …çà vous semble vraiment inutile ?

  10. Fluorette dit :

    Un peu comme soleildemarseille, j’étais une grosse brele devant une feuille et en face des patients je me débrouillais (et j’espère que c’est encore le cas) plutôt bien.
    J’ai eu la chance d’être moyennement classée mais de pouvoir faire médecine générale dans la ville de mon choix.

    Pour moi ce concours c’est une horreur. Tu as parfaitement raison, ils ne prennent pas l’avis des étudiants en compte, qui proposent pourtant des choses intéressantes. Et ils ont tendance à oublier que ce sont des étudiants qui ont déjà 25 ans, qui sont déjà des adultes et pas des gamins, parfois un voire deux enfants, qui n’ont pas forcément envie, après 6 ans d’études, de ne pas faire ce pour quoi ils ont « fait médecine » et d’être envoyé à l’autre bout de la france.
    On m’a déjà dit que le monde du travail c’était comme ça. Sauf que justement on est pas vraiment dans le monde du travail, on est encore étudiant, et en tant qu’externe, financer un déménagement (en plus de la réinscription à la fac…) c’est chaud.

    Ma formation d’externe était uniquement orientée vers le concours de l’internat. Je ne comprenais pas pourquoi puisque je ne voulais faire « que » généraliste et qu’en plus ce que j’apprenais n’avait rien à voir avec ce que je fais maintenant. Je dose rarement (jamais?) des marqueurs de maladie rarissime. Par contre, je vois des rhumes, des certifs de sports, des renouvellements, des problèmes psychologiques (que je ne suis pas formée à écouter), je vaccine, je fais de prises de sang (alors que je n’en avais fait qu’une dans mon cursus en P2). Tout le système est aberrant.

  11. openblueeyes dit :

    @Babydoc et les autres : en fait, nos réelles capacités à exercer la médecine devraient normalement être évaluées par les examens de la faculté. Sur le papier en tout cas, la distinction est claire :
    – La faculté : pour évaluer les connaissances théoriques et les stages (donc en théorie les compétences cliniques, même si cette évaluation est très rarement bien faite. Rarement faite tout court, même.).
    Autrefois, à la fin de tous les examens de la faculté, il y avait l’examen suprême qui donnait le fameux « droit de prescrire » : le CSCT (Certificat de Synthèse Clinique et Thérapeutique). C’était à l’époque où les généralistes ne passaient pas le concours : après cet examen final, ils étaient libres !
    Maintenant, à l’ère des ECN, on a remplacé ça par le « module 11 », qui se base sur le même programme mais n’a plus aucune valeur légale. Il garde tout de même une forte valeur symbolique.
    C’est souvent à cet examen que l’on tente le plus de juger les gens « compétents » et de recaler les « dangereux ». Dans certaines facultés il y a un oral. Dans certaines il y a même une évaluation au lit du patient pour compléter la note de l’examen écrit.
    – Les ECN : pour classer les étudiants, comme son nom l’indique. N’a aucune valeur de sanction : normalement c’est à la faculté « d’éliminer » les gens dangereux, les incompétents et de juger des capacités pratiques. Il faut juste une manière simple et « équitable », faisant autorité pour tous, de classer les étudiants pour permettre le choix de la spécialité en fonction de ce classement.

    Du coup, je suis d’accord avec vous quand on dit que les ECN doivent être améliorés/changés/whatever, mais si jamais on voulait leur donner un rôle « sanctionnant », il faudrait dans ce cas revoir aussi l’intérêt des examens à la fac.

    Je pense que beaucoup de gens font cette confusion, y compris parmi ceux travaillant sur le dossier, par exemple quand ils s’offusquent que des étudiants ayant zéro aux ECN puissent devenir interne.
    Selon les règles du jeu actuelles, un étudiant a le devoir de valider tous les examens de sa faculté et ses 36 mois de stage (et ses gardes. et ses séminaires.) pour devenir médecin. Mais s’il veut un poste d’interne en médecine générale à Reims ou à Dijon, il sait aussi qu’il peut s’endormir sur sa copie le jour J. Il a le droit. Il aura une mauvaise note, il sera mal classé, mais il choisira un poste comme ses 7000 collègues. Et peut-être qu’il sera quand même un très bon médecin.
    Du coup, ne tirons pas des conclusions hâtives tant que les règles du jeu sont ainsi.

    Mais bon, si vous voulez ma conclusion hâtive à moi, je crois qu’intégrer ce système de classement comme c’est proposé actuellement desservirait tout le monde, y compris les doyens.

  12. openblueeyes dit :

    @Jim (et pardon, je suis vraiment nulle dans ces trucs de commentaires imbriqués!)

    Tout à fait d’accord pour ces deux systèmes que tu proposes : soit une filiarisation totale (un concours par spécialité, le meilleur de pédia peut faire de la pédia où il veut ;-) ), soit un système qui prenne vraiment en compte les individualités (et chacun va démarcher un chef de service pour trouver un stage, en fonction de ses résultats facultaires, de ses expériences extra-scolaires, de sa motivation… je crois que les allemands font comme ça aussi).
    Ce sont deux alternatives qui me semblent tout à fait inapplicables en France à l’heure actuelle pour des raisons pratiques ou de mentalité. (Mais finalement, je ne vois pas vraiment comment ça pourrait être pire que les ECN aujourd’hui…)

    • Nicolas Prince dit :

      Est-ce que ce seraît vraiment compliqué de revenir à l’échelle des régions, maintenant que nous avons des ARS, des articles 51 qui vont permettre de légaliser le dérogatoire sur accord des ARS, des politiques d’organisation des flux en fonction des besoins régionaux, etc… ? On seraît peut-être plus près du terrain, moins anonymes, plus aptes à organiser les formations en fonction des besoins des étudiants, des patients et des médecins, qu’ils soient hospitaliers ou libéraux (si on doit le rester!).

  13. Barbara dit :

    gloups Reims c’est si mal classé que ça?

  14. openblueeyes dit :

    @Barbara :
    J’ai pas dit « mal classé », j’ai dit « peu demandé par rapport au nombre de poste proposé en médecine générale » (Nombre de poste à mon avis délirant dans plusieurs villes comparé aux capacités réelles de formation dans de bonnes conditions, mais ce n’est que mon avis…)

  15. Barbara dit :

    merci

  16. Yop dit :

    J’viens d’entrer en D2 cette semaine. A chaque cours on entends « attention ça, ça vaut des points » ou « ça vous l’oubliez, c’est pas à l’internat ». Et on a souvent speech de 15 mn à la fin des cours par des PH qui ont tous leur petite opinion, mais qui souvent, prennent l’ECN comme un mal nécessaire : faut bien récompenser les plus méritants (soit ceux qui bossent tout le temps leurs cours et qui flippent leur race devant un patient – y’en a plein – ) et évacuer la racaille généraliste de nos beaux CHU – dont on commence à subodorer que leur organisation bicentenaire n’est plus l’avenir de la médecine, mais ça…-. Bon après les questions de l’ECN font partie d’un raisonnement médical quand même assez efficace et plutôt complet.

    Moi je balise alors que le concours il est dans 3 ans… Et je met ambitions dans une boite que j’enterre histoire de ne pas être trop déçu. Voila. Heureusement que j’aime ces études et que ma vocation, déjà mis a mal par 3 années de bachotage idiot est toujours la.

    J’vous laisse j’vais ficher mes items.

    Bisous.

  17. MJ dit :

    Je suis en P1 et je voudrais un éclaircissement.
    Je n’ai pas compris cette histoire de limiter les postes.
    Tu as dit que le ministère a décidé de limiter le nombre de postes proposés, et en exemple tu cites le chiffre de 4500 postes. Mais des postes de quoi ?

    Je cite: « Comme c’est quand même lui qui décide, le ministère, en 2006, décide d’offrir moins de postes que d’étudiants qui passent le concours ! Comme ça il prévoit d’avance qu’il y aura des redoublants, ça collera à peu près avec ses chiffres, et ça préserve ses nouveaux statisticiens du sort de leurs prédécesseurs.
    – Là, c’est évidemment les étudiants, ces enfants gâtés, qui râlent. Passer le concours de votre vie, se retrouver 4800e quand seulement 4500 postes sont prévus, ça fait un gros coup de stress. Et c’était pas les règles du jeu qu’on leur avait présenté au départ. »

    Ma question:
    Je pensais que si 7000 étudiants de toute la France arrivaient en P2, ils étaient assurés de pouvoir exercer la médecine quelques années plus tard, même classé dernier aux ECN.
    Donc, je croyais que les postes offerts aux ECN étaient bien 7000, autant que d’étudiants ayant réussi le concours de P1.
    Est-ce que ça veut dire que les 2500 étudiants de la fin du classement ne pourront pas exercer la médecine ?

    Est-ce que ça veut dire que, même si je réussis ma P1, je n’ai pas la garantie d’être médecin au bout ?

  18. openblueeyes dit :

    @MJ
    Désolé, je me suis mal exprimée.
    Tu as bien sûr la garantie d’être médecin au bout de tes études, si tu réussis à avoir ta P1 et à ne pas trop redoubler d’années après (mais il faut quand même beaucoup beaucoup redoubler pour être exclu du cursus).
    Ce second concours, les ECN, va décider de ta future spécialité. Les postes qui sont offerts sont donc des postes d’internes dans différentes spécialités (médicales, chirurgicales, psychiatrie, pédiatrie, médecine générale…).
    Tu sais peut-être que le numerus clausus (le nombre de P1 autorisés à passer en P2) a connu une augmentation majeure et récente. Regarde le premier schéma ici : http://anemf.org/Quels-problemes.html
    Logiquement, le nombre de D4 passant le concours a lui même suivi les mêmes variations. L’année dont je parlais (ECN 2006), il n’y avait que 4800 étudiants à peu près qui présentaient les ECN (contre bientôt 7000 actuellement), d’où les chiffres que tu as pu voir.
    Et ne t’inquiète pas, c’est la seule année où il y a eu moins de postes proposés que de candidats, et au final tout le monde avait pu avoir un poste s’il le souhaitait.

    @Nicolas : Le passage à une échelle interrégionale a été évoqué de nombreuses fois, et s’est heurté à des problèmes pratiques importants. Si on veut garder une certaine mobilité des étudiants entre les différentes régions, il devient quasi-impossible de fixer un numérus clausus puis un nombre de poste d’interne interrégional. En tout cas, personne ne m’a parlé d’un modèle qui tienne la route, qui soit vraiment réalisable.
    Il faut voir aussi qu’actuellement, chaque DRASS (nouvellement ARS si j’ai bien suivi) est tenue de faire un état des lieux des besoins dans sa région et capacités de formation, et fait remonter le tout à ceux qui écrivent ensuite les chiffres. Donc en théorie, même le système centralisé, national, devrait pouvoir prendre en compte la dimension régionale.
    Enfin, on peut dire que souvent le problème de démographie médicale se situe au niveau local, c’est à dire infra-régional. Même les régions n’ont pas trouvé comment répartir les médecins au sein de leur territoire pour qu’ils ne se concentrent pas exclusivement autour des grandes villes, et un concours interrégional n’y changerait sans doute pas grand chose. Il y a des initiatives locales mais je ne sais pas si elles sont en place depuis assez longtemps pour être évalué correctement.

    @Yop
    Juste une petite précision sur l’organisation des CHU : l’ordonnance de 58, c’est quand même pas bicentenaire ;-)

    • Yop dit :

      Oups :s, l’élan lyrique sans doute.

      Mais keskeujefais la ! je retourne à mes items didjou.

  19. Marie dit :

    Juste pour actualiser ce post… Ca y est, une réforme est passée, qui valide la D4 avant de passer l’ECN, autrement dit, plus de possibilité de repasser l’ECN 2 fois en D4! (mais on peut toujours le retenter à l’internat…)
    Ils ont donc réussi à limiter le redoublement!

    Et vu les déboires de l’ECN cette année (j’y étais…), une réforme est clairement discutée… changement en 2015 parait-il… En attendant, il me semble que notre fac (Poitiers) commence déjà à former les externes aux QCM…

  20. Lambert dit :

    Tout a fait d’accord ton analyse est clairvoyante. Parole de pharmacien ayant repris des études de médecine pour devenir médecin généraliste de campagne …..trop centré sur la caste hospitalo universitaire notre système !!!!Alors que dans tout les autres pays d Europe on forme 70 % de généralistes et 30 % de spécialistes en France on fait le contraire. C’est pour ça que Antibes compte 4 proctologues alors que Dunkerque n en compte qu’un. Connaissant parfaitement ces 2 villes je peux t affirmer que a population égale il n’y a pas 4 fois plus de trou du cul défaillant a Antibes ! Ce concours c’est du grand n importe quoi, mais les mesures prise par les politiques ne sont que la conséquence de l état d esprit imbécile du carabin français découlant a la fois de son mode de sélection et de son absence d esprit critique face a l intoxication de la caste hu sus citée ..

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