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Le métier le plus cool du monde

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Il paraît que pour certains, le meilleur métier du monde, c’est d’aller garder des iles paradisiaques à l’autre bout de la planète.

Venez me voir, dans mon hôpital, avec un gosse dans les bras, et on en reparle.

Entendre les premiers cris d’un nouveau-né en salle de réa, même si on a eu un peu peur la sage femme et moi, mais que tout s’est enchainé comme une machine bien huilée et que ça y est, ça va aller bien sans nous maintenant.

Surprendre le regard du père pendant le tout premier examen, sa fierté pendant la marche automatique, le suivi du regard, le geste qu’il retient pour le tiré-assis (mais si, il redresse sa tête, regardez !).

Observer les premiers pas d’un ex-préma en consultation, et dans le même coup d’œil à la fois le tonus vraiment bon, et par où il est passé pour en arriver là.

Voir une petite épileptique qui a pu reprendre l’école normalement, essaie d’apprendre le vélo, et t’amène un dessin pour te remercier.

Après une greffe de rein qui s’est bien passée, finir dans l’album photo familial avec un masque, une charlotte, une surblouse, et le pouce en l’air.

Et quand tu fatigues de ta journée de fou, de ta semaine de fou, de ton semestre de fou, recevoir un sourire et se faire remonter le moral par des parents (alors qu’ils en bavent mille fois plus que toi).

Croiser la petite fille qui t’a fabriqué un scoubidou autour de ton stétho pendant une de ses chimio, le jour de sa dernière visite de contrôle à l’hôpital.

Avoir un scoubidou autour de son stétho.

C’est pas cool, ça quand même ?

D’accord, on n’oublie jamais vraiment les gamins qui ont mal et les bips de la réa, la fourmilière des urgences, les saletés de diagnostics. Les annonces de tumeurs aux parents abasourdis, les hurlements de l’ado qui veut pas de cette foutu perruque, tout ce qu’elle veut c’est garder ses cheveux et vivre comme tout le monde.
Les enfants de tous les âges qui meurent, calmement dans les bras de leurs parents ou en réa avec leurs fils, leur scope, leur échographie du cœur et plein de gens impuissants autour.

Certains vous diraient même qu’on n’oublie pas non plus les week-ends passés à l’hôpital, les soirées à dicter les courriers, les nuits à rédiger un mémoire qui ne sera pas relu. Certains oseraient soutenir qu’on peut garder un souvenir mitigés des séniors lunatiques, des chefs absents, des missions suicides type « appeler les neuroradio pour une IRM » , « Trouver une place dans l’hôpital pour un patient en pleine épidémie gastro/bronchio », « Faire une PL a un bébé à la maternité, sur un chariot roulant pas stable avec une sage femme et c’est tout ».

Quand même.

Chaque année, c’est la même chose. Une nouvelle promotion de futurs internes trépigne devant l’affichage d’un classement. Et derrière un chiffre se cachent des rêves, des espoirs, des craintes, des rencontres, plusieurs déménagements, pas mal de responsabilités… La vie d’après.

Moi je n’ai aucun doute, j’ai choisi le métier le plus cool du monde.

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