1e garde aux urgences – partie 1

Ça fait un moment que je voulais raconter cette histoire. Alors même si Jaddo a déjà raconté la joie des points de suture ici, et que l’infirmier a parlé des urgences par là, j’avais envie d’en rajouter une couche avec le récit de ma première garde aux urgences.
Et puis comme c’est long, avec une looongue introduction, ce sera en deux parties.
Pour commencer, il faut savoir que dans la ville où je suis, il y a plein de services d’urgence. Des urgences de cardio (plusieurs), des urgences de médecine (plusieurs), des urgences pour les trucs très graves et des urgences pour les trucs moins grave, des urgences rien que pour les plaies de la main, des urgences ophtalmologiques, des urgences de gynécologie, des urgences de pédiatrie, des urgences « pour adultes où-tout-est-mélangé ».
Les externes font office de petite main d’œuvre dans tous les services ci-dessus, ou presque. Répartis selon un nombre et un ordre qui doit bien avoir eu une justification, un jour, mais que tout le monde a oublié. Pour un salaire dérisoire sur lequel je m’étendrai une prochaine fois. Et un jour de ma quatrième année, au gré des affectations, je me suis retrouvée de garde dans les urgences « fourre-tout ».
Dans ce service, il y a donc des gens qui arrivent pour des pathologies médicales, et qui sont vus par des médecins. Parfois par un externe, mais le plus souvent directement par le spécialiste de garde dans la spécialité en question. Un problème neuro, on appelle le neurologue. Un problème cardiaque, on fait un ECG et on envoie en cardiologie. Un problème infectieux, on y fait des prélèvements dans tous les sens et on appelle un interne de médecine pour qu’il lui trouve une place dans un service adapté. C’est à peu de choses près le même cinéma pour tout le non-chirurgical. C’est pas compliqué en théorie, dans la pratique c’est un joyeux bazar pour tout le monde, mais ça a toujours fonctionné comme ça, alors personne ne voit pourquoi ça changerait.
Pour les gens qui ont peut-être quelque chose de cassé, ou une plaie à recoudre, on rentre dans le domaine des spécialités chiiiiruuurgiiicââles, la procédure change : c’est forcément en deux étapes : d’abord l’externe pour dégrossir les choses, prescrire les premières radios ou faire les premiers gestes, puis le médecin ou l’interne de chirurgie pour décider de la conduite à tenir, souvent pour faire sortir le patient, parfois pour l’opérer ou pour jeter un rapide coup d’œil sur les points de l’externe.
Quand tout est mélangé, médical et chirurgical, c’est un joyeux bordel.
J’avais déjà vu ce que pouvait donner une foule de patients hurlants, pleurant, puant, criant, jouant, râlant (oui, vous avez trouvé : en pédiatrie), mais le chaos se limitait alors plus ou moins à la salle d’attente.
Là, c’était complètement différent.
La salle d’attente pouvait être pleine à craquer ou n’avoir que deux personnes dont une fumant tranquillement sa clope à l’extérieur, l’intérieur du service avait toujours l’air de sortir d’une catastrophe naturelle. Il s’y croisait dans un désordre improbable les petits vieux et leurs fractures en tout genre, les jeunes alcoolisés de la veille, les clodos, les déments, les patients déambulant avec leur pied à perfusion, les accidentés de la route, les bobos qui n’ont rien, les malaises non étiquetés, les accidents de travail, les accidents de glandage (copyright Kaliuccia).
Répartis aléatoirement dans trois espaces : le pompeusement nommé « accueil » (6 lits en rang d’oignon, paravents offerts), le moins célèbre « couloir » avec ses brancards s’étendant le long du mur, plus ou moins remplis selon l’affluence (pas de paravent, draps en option, pour faire pipi c’est sur le bassin devant tout le monde), et la « salle » avec des lits en vrac, mais aussi des « boxs » avec un semblant d’intimité et même une porte qui ferme (grand luxe), des salles de sutures, des salles de plâtre, des salles de consultation.
Je ne sais pas si quelqu’un a compris quelque chose, moi j’ai commencé à me repérer seulement après ma 3e garde dans ces lieux. Ce qui veux dire que pendant 3 x 24 heures, je me suis perdue dans le service, amenant mes patients dans la salle de plâtre au lieu de la salle de suture, dans le box ORL au lieux du box de consultation, que je tournais sur moi-même dans le couloir avec mon appareil à ECG pour trouver le box 12, perdue au milieu des brancards…
Mais cet ordre bien établi permet parfois une répartition des rôles judicieuse. Par exemple, s’il y a un manque de personnel (et vous savez que l’hôpital ne croule pas sous le personnel en surnombre), en l’occurrence de brancardiers, et bien les brancardiers présents ne s’occupaient du transport des patients que pour « l’accueil » et « le couloir ». Pour « la salle » et tous les petits box annexes, on pouvait se démerder ourselves. Externes, infirmières et médecins, tous étaient donc réunis dans un brancardage joyeux et confraternel, pour le seul intérêt du patient. C’est beau, non ?
J’ai donc appris que la désorganisation est un symptôme psychiatrique très répandu dans le service, que le brancard à amener à la radio est une patate chaude qu’on se refile allègrement, que les radiologues ne sont jamais prêts à prendre nos patients, pourtant poussés avec amour dans les couloirs.
Et bien sûr, je me suis rendue compte à cette occasion que pousser un lit n’est pas une faculté innée, et que de s’y entraîner dans les couloirs de l’hôpital, entre un virage mal négocié et un extincteur qui avait le malheur de se trouver sur mon passage, est une expérience pour le moins riche en rebondissements (du patient).
Publicités

A propos openblueeyes

Apprentie docteur en pédiatrie.
Cet article, publié dans Med'scene, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour 1e garde aux urgences – partie 1

  1. ahah la 1ère garde c’est toujours quelque chose ! Même si le SAU d’Amiens est plus petit que ce que tu décris, pas toujours facile de trouver sa place au début.

    Concernant les brancards/lits, au bout d’un an d’externat je commence à maitriser, ce qui n’est pas aisé étant donné le nombre de modèle différents (le pire, c’est les choses toutes bêtes comme baisser la barrière, ou remonter/abaisser le dossier. C’est jamais le même système
    « Euh il est en arrêt là, j’aimerais masser mais je sais pas abaisser la barrière ». Ca ne m’est jamais arrivé mais quand je vais en déchoc, je repère tout de suite comment on fait histoire de pouvoir réagir vite ^^).

    J’attends le tome 2 ;-)

  2. Barbara dit :

    vivement la suite!

  3. yann frat dit :

    Oui vivement la suite et merci pour le lien ;)

    a+

    yann frat

  4. Mistinguette dit :

    Waou ! Ca donne envie ! ;o)

  5. Ping : 1e garde aux urgences – partie 2 | Openblueeyes

  6. Douchka dit :

    ah le brancardage…. il faut l’avoir exercer pour comprendre que oui c’est un metier qui demande de l’experience…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s