La psychologie pour les nuls

Stage d’externe en endocrinologie.
Mon chef n’est pas Blond, mais il pourrait. Le Blond de Gad Elmaleh, toujours présentable, imperturbable, sourire Colgate en toute situation. Il fait bien son travail, est un chef de clinique reconnu et apprécié par ses propres chefs, va bientôt repartir far away dans sa contrée d’origine pour devenir le grand spécialiste en chef du coin dans son domaine. Admettons le, il est très fort, mais…
Entrer dans une chambre, suivi de 15 externes, pour annoncer de but en blanc à une femme enceinte : « Bon, comme on le pensait, selon les examens, votre diabète datait d’avant votre grossesse, vous savez qu’il y a un risque de malformation pour le bébé ? » … ce n’est pas franchement très diplomate.
Ajouter : « Mais je suis pas là pour apporter de mauvaises nouvelles, hein, seulement je suis obligé de vous dire qu’il y a un risque non négligeable » et se casser continuer la visite pendant que la femme pleure … ce n’est pas vraiment mieux.
Devant une jeune fille dont les médicaments ne marchent pas, qui voudrait en savoir plus, lui expliquer que la première cause d’échec du traitement étant la non-observance, on va lui faire prendre ses cachets au moins 5 jours devant une infirmière avant de débuter d’autres explorations … ce n’est pas non plus très diplomate.
Et face à une mère de famille écrasée par le poids du monde sur ses épaules, dépressive malgré tous ses efforts, expliquant que bien souvent elle se sent trop fatiguée pour faire attention à son régime diabétique, dire  » Oui, oui, moi aussi je suis fatigué, tout le monde est fatigué ! Mais faut se prendre en main, hein! » … vraiment, ce n’est pas très diplomate.
Tout ceci en un jour de visite et par une seule personne, et malgré tout le respect que je dois à mes chefs, je trouve que ça commence à faire beaucoup, comme manque de finesse et de psychologie.
Passablement mal à l’aise, je suis restée pour consoler ma patiente. La première. Qui voyait déjà son bébé malformé par sa faute. Son bébé qui n’avait rien demandé. Tout ça parce qu’elle n’avait pas fait assez attention, qu’elle se savait pas, qu’elle ne connaissait pas, ces histoires de diabète.
Il n’aurait pas pu lui expliquer, ce jeune grand dadais inconscient, que ce n’était pas sa faute, à la future mère ? Ça ne fait pas partie de son monde, la culpabilité ? C’est vrai que ses patients ont des Maladies, des Chiffres d’hémoglobine glyquée, des Dextros, des Stylos pour injections, des Hormones qui déraillent. Pas de vulgaires états d’âmes.
En tout cas, lui ne semblait pas en avoir.
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A propos openblueeyes

Apprentie docteur en pédiatrie.
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2 commentaires pour La psychologie pour les nuls

  1. openblueeyes dit :

    1. La plupart des médecins sont des techniciens du corps. Ils traitent des corps et ils sont bons pour ça. Cela guérit des corps.
    Il existe des médecins (peu) qui soignent des personnes, et eux sont excellents.
    Ya qu’à voir la formation de P1 pour comprendre comment sont formatés les techniciens de la médecine d’aujourd’hui.
    Tu sembles avoir une conscience. J’espère que tu n’es pas en voie de disparition :-)
    – Posté par Monsieur J, 28 octobre 2008 à 10:29 (Son blog : http://www.managementetmoi.blogspot.com/ )

    2. C’est terrifiant. Le nombre de médecins qui ne voient pas la personne qu’ils ont devant eux, mais seulement sa pathologie, c’est affligeant… Est-ce à ce prix qu’on survit dans ce métier là ?
    Heureusement qu’il y a aussi tous les autres, les médecins qui font qu’on ne regrette presque plus d’être malade, les occasions de vraies rencontres, les « humains »…
    – Posté par mistinguette, 29 octobre 2008 à 11:40

    3. Science sans conscience and co…
    Heureusement l’enseignement de médecine ne se limite pas, très loin de là, à ce qu’on nous donne en pâture en P1 pour nous classer.
    Heureusement les hommes ne sont pas figés, et je pense que mon chef, tout Blond qu’il peut être, ne saurait être indéfiniement un technicien du corps. Il sera soit pire soit meilleur en vieillissant, j’espère que l’évolution se fera dans le bon sens, même si je ne serai pas là pour le voir.
    Et malheureusement, la conscience est toute relative et je viens encore d’en avoir un merveilleux exemple ce matin. Une situation où j’aurais volontiers soigné le corps sans savoir comment m’adresser à la personne derrière.
    Faut dire que chez les ados, la relation médecin-patient peut être sacrément compliquée parfois, mais ce sera pour un prochain billet.
    Les « humains » ont tellement de défauts, moi la première…
    Reste à espérer qu’on puisse prendre soin des personnes au mieux, mais là pas de recette, pas d’enseignement codifié comme des recommandations de la Haute Autorité de Santé, pas d’objectif chiffré… avouez que c’est quand même un peu plus délicat !
    – Posté par OBE, 29 octobre 2008 à 14:04

    4. Souvent on apprend beaucoup au contact de ces médecins à la pratique douteuse et manquant de compassion.
    Je suis persuadé que la médecine est un compagnonnage. On se construit médecin par l’exemple et le contre exemple. Avoir une réflexion sur la pratique de ses collègues mais aussi et surtout sur la sienne propre est le levier de l’amélioration.
    Ton blog est ton introspection.
    – Posté par tirougail, 30 octobre 2008 à 05:58

    5. Alors toi, sois comme tu ne veux pas qu’ils soient. Et tu seras alors un médecin avec qui j’aimerai tant travailler!
    – Posté par Audrey, 31 octobre 2008 à 19:24

  2. Pledes dit :

    Je me régale en lisant ton blog depuis que je l’ai découvert, merci de nous faire partager tout cela =]

    En lisant cet article, je ne peux m’empêcher de réagir ^^.
    Les médecins sont certes des techniciens du corps, mais on a tendance dans notre monde à sectoriser les choses de plus en plus. Et donc on soigne le corps. Et d’autres soignent l’esprit. Alors que les deux ne font qu’un, on ne peut pas les dissocier. Et c’est en ça je pense qu’il y a de « bons » et de « mauvais » médecins (ça vaut aussi pour tous les autres professionnels de santé d’ailleurs), même si nous sommes amenés à soigner un élément parmi tant d’autres, il est essentiel de prendre en compte la personne dans son ensemble.

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