Choix de stage

L’étudiant en médecine est un être à part dans la classification des hominidés.
Oh, je ne dis pas ça en bien, rassurez-vous, c’est seulement que ce spécimen possède des caractéristiques qui me fascinent encore jour après jour.
Déjà, le fait d’être dans la case « étudiant » pendant 10 années de sa vie n’a pas aidé cet être singulier à se rapprocher de la norme et de ses congénères. Alors que ses amis ont un premier boulot, un grand appartement, se marient, changent de boulot, trouvent une maison avec jardin, que les filles tombent enceinte, que les gars deviennent papa, changent de voiture, prévoient le baptême… etc.
Pendant ce temps-là, donc, l’étudiant en médecine reste « étudiant ».
J’explique pour ceux du fond qui ne suivent pas : un étudiant a deux préoccupations dans la vie : faire la fête et valider ses examens. Le reste est accessoire, même si le gros bébé estudiantin, au bout de quelques années, introduit une nouvelle priorité : avoir sa propre machine à laver pour ne plus devoir choisir entre rentrer chez sa mère le week-end ou dépenser tout son argent de poche au lavomatic.
Bref, de soirées autour d’un verre aux journées sur un bouquin, il aurait pu se contenter de ce train-train si n’était pas arrivé, vers la quatrième année, un troisième lieu de vie : l’hôpital. C’est rigolo, mais progressivement l’hôpital va occuper une place de plus en plus importante dans son existence, alors même que personne (non mais vraiment, personne) ne sait ce qu’il fout là, cet encombreur de couloir.
Le patient se demande intérieurement pourquoi on lui envoie ce gamin l’examiner maladroitement alors qu’on l’a déjà harcelé de questions à son entrée, ou bien il cherche à voir le vrai docteur quand l’interne pointe le bout de son nez dans le box des urgences. L’interne, d’ailleurs, qui au fil des années a creusé sa place dans les services (in)hospitaliers, peut parfois avoir la chance que le chef se rappelle de son prénom : « Eh, Michel, t’as oublié que t’as 27 entrées ce matin ? »
L’externe, lui, petit pion perdu au bas de la hiérarchie médicale est interchangeable, peut même se convertir en « faiseur d’ECG » ou « transporteur de bilan biologiques jusqu’au labo », quand il n’est pas la cible des attaques du grand chef en mal de supériorité.
Mais le tableau n’est pas si noir, puisque quand il sort de l’hôpital, l’externe est sensé avoir acquis une super formation pratique, qui va l’aider à retenir vachement bien tout le chinois que contient ses gros bouquins.
Mouais… au final, l’externe est surtout soit hypochondriaque à force de voir des maladies en tout genre, soit vraiment malade à force d’examiner des patients de trop près. D’ailleurs, j’appréhende mon stage de pédiatrie, moment idéal pour acquérir une solide immunité contre les gastro-entérites, les rhino-pharyngites de tous poils et autres viroses sympathiques.
Enfin, d’ici là, je penche plutôt vers la première option: demandez-moi comment je vais, et vous saurez quel chapitre je bosse ! Au début de l’été, j’étais persuadée d’être enceinte (1e semaine de gynécologie), puis d’avoir un cancer du col de l’utérus (2e semaine). Après ce fut le tour de l’hypothyroïdie (j’me sens paaaas bieeeen, j’suis faaatiguée : endocrinologie) du lupus érythémateux (j’ai mal aux articulations, puis j’suis anémié c’est sûûûûûr  : 1e approche de la rhumatologie), et je me demande ce qui m’attend à présent !
Et puis pour tout le monde, l’étudiant en médecine, cet être étrange au rôle bien flou dans l’imaginaire populaire, est avant tout « en médecine », ce qui lui vaut tous les « tiens, j’ai un truc bizarre, là, qu’est-ce que tu en penses ? » ou « moi j’aime pas trop les médecins, mais toi tu pourrais me dire ? »
Du coup, même si l’étudiant en médecine ne sait encore rien ou très peu, même si les gens ne savent pas si vous allez être généraliste, spécialiste (pas plus que vous en fait), et n’ont aucune idée de comment ça se passe, la simple valeur accordée à ce statut presque magique de « futur médecin » vous vaut toutes les considérations (t’inquiète pas mamie, il peut rien t’arriver, on a un docteur avec nous, hein ? Suivi d’un clin d’œil complice…) et tous les jugements moraux (QUOI , tu fuuuuumes ? mais tu sais que ça fait le cancer ? et puis tu bois aussi ? mais … L’interrogation reste en suspend, tant le tableau dérange).
Alors, fier de cette reconnaissance par la société tellement plus palpable que celle de l’hôpital, l’étudiant en médecine se pointe à son choix de stage, aussi stressé qu’une gamine de 8 ans pour sa première compétition de gym, en espérant que le hasard et la chance se donnent le mot pour qu’il ait le stage le plus formateur, le plus agréable, les meilleurs horaires, le plus près de chez lui… Bref, le stage idéal qui n’existe que dans ses rêves.
Il ne l’aura jamais, bien sûr, et tant mieux pour vous, ça lui donnera de quoi râler un peu et vous le raconter ici, bande de veinards !
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A propos openblueeyes

Apprentie docteur en pédiatrie.
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Un commentaire pour Choix de stage

  1. openblueeyes dit :

    Et voici les (moult) commentaires laissés initialement sur canalblog avant le déménagement :

    1. c’est tellement vrai, tout ça…
    sauf que l’interne est quand même un peu mieux loti qu’écrit ici!
    L’intérêt de tout ça, c’est quand même qu’on peut se vanter d’avoir les places moins chères au cinéma et le 2e burger offert à Quick pendant 10 ans
    et ça, ce n’est pas négligeable!!!
    – Posté par Dr Sven, 24 septembre 2008 à 14:33

    2. Ah ben zut alors, si il y avait quelques externes dans nos hôpitaux alors je n’irais pas au labo toutes les 56 minutes….
    Oh combien je comprends ces mots, même histoire côté élèves inf ;)
    – Posté par Audrey, 24 septembre 2008 à 16:57

    3. alors ton stage, tu as ce que tu voulais ?
    – Posté par Virginie.dr, 24 septembre 2008 à 17:43

    4. Une fois n’est peut-être pas coutume, mais… je n’adhère pas du tout à ton point de vue.
    Je ne suis ni une lithiase ni une encombreuse de couloir, à part dans quelques rares services où malgré tous mes efforts d’investissement je suis restée le bec dans l’eau.
    Je ne me suis jamais fait crier dessus par un chef en mal de supériorité. Je dois avoir eu de la chance. Les rares fois où cela m’est arrivé, mon interne a pris ma défense.
    On n’est pas là pour être encensé, on est là pour apprendre. Quelle que soit la manière dont on a décidé de le faire, on arrive toujours à retirer un enseignement. Si ce n’est pas du chef, c’est de son interne, si ce n’est pas de son interne, c’est de l’infirmière, de l’aide-soignante… sur le plan moral, humain, relationnel encore plus que sur le plan professionnel.
    Certains patients sont des plaies, certes, mais beaucoup d’externes sont d’énormes maux perforants plantaires imbus d’eux-mêmes et de leur position « médicale », un poil dans la main leur servant de canne pour marcher avec autant de respect pour le « petit personnel » (expression ô combien péjorative) que pour le chariot de linge sale qui encombre le couloir. Alors oui, parfois, on tombe sur des infirmières aigries, mais on ne sait pas qui a préparé le terrain avant nous…
    Ma priorité dans la vie est avant tout d’être bon médecin, même si je ne sais pas encore très bien ce que cela signifie, réellement, tout au fond, ou alors, c’est tellement flou… La seconde étant de pouvoir passer tout le temps possible pour le devenir, à ma façon et pas en suivant celle des autres. Et la troisième de pouvoir exercer jusqu’à plus soif ce métier qui me passionne, me fait vivre et avancer. Alors pour le moment, j’essaie juste d’être une bonne externe, un bon « bébé-docteur ». Mais pour être médecin, la première étape est bien sûr de passer ses examens, et de les valider. Certes. Que cela représente un but vital en soi… non.
    Le stage idéal, c’est celui où tu creuses petit à petit ta place, sans bruit, où tu manques quand tu n’es pas là, où les infirmières t’accueillent avec le sourire et par ton prénom, où les aide-soignantes t’amènent un café parce que tu as les traits tirés et fatigués avec un clin d’oeil… simplement parce qu’au fil des semaines, tu leur as souri, a pris la peine d’apprendre leurs prénoms, intercepté quelques bribes de leur vie et pris des nouvelles, fait attention à ne pas mettre tes gros sabots sur un sol juste lavé, demandé si ta présence dans la chambre ne gênait pas le déroulement du tour infirmier, …
    Des fois, oui, ça ne marche pas. Parfois, c’est long. Mais quand tu arrives à établir cette relation, même avec patience et temps, tes chevilles n’enflent pas, mais ton coeur se réchauffe, et tu arrives avec le sourire.
    Parce qu’apprendre à être médecin, c’est beaucoup mieux avec des alliés, des sourires et un petit coup de pouce quand tu dévies de ta route ou oublies quelque chose, fatigue/ras-le-bol aidant.
    Parce qu’on n’est pas médecin tout seul, et qu’un externe n’est pas médecin.
    – Posté par Delphine, 24 septembre 2008 à 20:38

    5. Peut-être qu’aujourd’hui, si j’ai ce point de vue là, c’est parce que mon stage idéal, j’y suis.
    – Posté par Delphine, 24 septembre 2008 à 20:48

    6. ouais, sans doute, même…
    parce que c’est loin d’être tous les jours la même chose, quels que soient les efforts que l’on fait!
    – Posté par Dr Sven, 24 septembre 2008 à 22:00

    7. Je suis assez d’accord avec la vision d’OpenBlueEyes : il y a beaucoup de stages où l’on se fait malmener (j’ai parfois l’impression que c’est le jeu préféré de certains cadres IDE…).
    Pourtant, j’ai déjà trouvé des stages idéaux (un gros bisous aux équipes de pédiatrie générale et des Urgences de l’Hopital des enfants de Toulouse, et aux services de Médecine Interne adulte). Ce genre de stage, on est triste quand ça finit…
    – Posté par Cess, 24 septembre 2008 à 22:03

    8. Il y a quelques stages que j’ai quitté à regret et où ça se passait bien à tout point de vue, mais pas beaucoup au final en fait… il y a plus de stages où ça s’est mal passé que bien passé… et avec les années, tu en as encore + marre d’être prise pour un chien (pire qu’un chien, parce que le chien on connait son prénom mdr) et de palier le déficit de brancardier ou de coursier ou de secrétaire quand tu rates pdt ce temps-là des choses intéressantes…
    mais bon, bientôt, on sera interne et on rigolera de tout ça ^_^
    ps : j’appréhendais la péd pour toutes les viroses qui trainaient, ça n’a pas raté du tout… ça a bien contrasté avec mon stage de psychiatrie avant où j’ai pété la forme et en + où j’étais dans une toute petite équipe, c’était vraiment bien la psy snif… prochain stage en gériatrie et là c’est moi qui risque de les rendre malades :s
    alors tu as eu quoi comme stage finalement ? :-)
    – Posté par Tam, 24 septembre 2008 à 22:27

    9. Merci pour tous vos commentaires,
    @Dr Sven > question éternel étudiant, j’avais un exemple assez parlant sous les yeux :-p
    @Audrey > bon courage pour les études d’infirmières, c’est pas facile non plus !
    @Vrginie et Tam > J’ai eu le stage que je voulais (en endocrino), de justesse, mais je l’ai eu ! ça va être intense mais formateur, comme je voulais, suis contente :-)
    @Delphine > Je voulais juste faire de l’humour hein, loin de moi l’idée de dénigrer qui que ce soit, je sais bien qu’en s’impliquant un minimum, avec des bonjours et des sourires et de la bonne volonté, on apprend toujours quelque chose :-)
    @Cess > Heureusement qu’ils existent, ces stages :-)
    @Tam : je veux pas te faire peur, mais je crois qu’on aura aussi de quoi râler quand on sera interne (tant mieux, on s’ennuierait sinon !) ;-)
    – Posté par OBE, 24 septembre 2008 à 22:46

    10. Pour les stages, je ne m’étendrai pas. Evidemment que tu râlais pour le plaisir de râler, évidemment que ce que tu en as dit est très vrai, évidemment que ce que dit Delphine est très vrai aussi.
    Juste, et je ne m’étendrai pas non plus, je dirai merci pour ce texte fabuleux.
    – Posté par Rrr, 24 septembre 2008 à 23:37

    11. C’est tellement vrai ce que tu décris… que ce soit dans le sens positif ou négatif.
    Mais à travers mes yeux de future interne (ou vieille externe, comme tu veux !), je réalise à quel point chaque stage où j’ai été foutue de mettre les pieds, qu’il soit génialissime ou nul à ch…, eh bien finalement ils ont tous été importants dans mon cursus.
    Parce que ça te permet de te rendre compte de la diversité des services, des gens qui bossent chaque jour à l’hôpital, et toi au milieu, tu apprends doucement mais sûrement à trouver ta minuscule place.
    Et je suis persuadée que toute expérience est bonne à prendre, aussi négative puisse-t-elle être…
    Après tout, t’as signé pour en chier, non ??!
    – Posté par Docmarie, 25 septembre 2008 à 15:43

    12. Ai jamais vécu vos choses de médecine, suis du côté du public, de ceux qui disent à ma bébé-toubib préférée « j’ai un pb, tu veux pas me faire un diagnostique stpppppppppp » en prenant toute parole pour vraie :)
    N’ai qu’un jugement : le point de vue de la littéraire qui a envie de dire « J’Adore ce Texte » !
    – Posté par zou, 26 septembre 2008 à 11:50

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