Médecine G.

G comme Géniale, ou G comme Grotesque, au choix.
Il y a de ces après-midi, dans la vie d’un étudiant en médecine, qui se doivent d’être racontées, ne serait-ce que pour le devoir de mémoire. Si si, une obligation de transmission de ces longs moments de solitude. J’ai nommé, le « Séminaire de Médecine Générale ». Séminaire… ils n’ont pas trouvé plus pompeux au ministère.
Votre mission si vous l’acceptez (et si vous êtes généraliste enseignant un tantinet kamikaze) : faire comprendre à des étudiants les joies de votre métier, sa richesse, sa complexité, les tenants, aboutissant, et cætera. Étudiants qui n’en ont strictement rien à faire, c’est qu’il fait beau dehors, et puis on est en retard sur nos cours, et puis les exams sont dans moins de deux mois, et la MG, de toute façon, on aura bien le temps, de savoir à quoi ça ressemble, on choisit dans trois ans. Presque.
Vous avez deux demi-journées. Pas plus.
Autant vous dire qu’il faut être sacrément costaud.
Notre part du travail : supporter pendant quatre heures sans interruption de longs discours théoriques entrecoupés de séances vaguement interactives. Ca parait rien, comme ça.
Mais forcément, j’ai le chic pour tomber sur LE groupe pour qui tout prend une heure de plus que les autres.
Sur LE médecin anti-charismatique au possible : vous savez, celui qui LIT sa diapositive d’une voix monocorde. Diapositive que toi tu as lu aussi, et bien plus vite que lui, parce qu’elle est projetée au mur devant toute la salle. Et non content de te faire la lecture, le généraliste appliqué s’arrête sur les notions importantes pour en faire de jolies paraphrases sans fin.
Quelle conscience professionnelle.
Bon, c’est pas grave. J’ai de la patience à revendre.
Le pire était à venir. Un film. D’horreur.
Visualisez la médecine générale des années 60.
Vous imaginez, la chemise du médecin et sa valisette, sa femme qui prend ses rendez-vous sur la toile cirée de la cuisine, à deux portes du cabinet ? Où il exerce seul, bien évidemment, et sans autre matériel que son stéthoscope et son gros Vidal ?
Vous la voyez, la couleur terne de la pellicule usée par des générations de visionnage ?
Vous pouvez ajouter de mauvais acteurs, des situations cliniques que l’on ne rencontre plus aujourd’hui, et un bruitage digne des péplums de la grande époque, et voilà.
Voilà les 23 minutes qui vont fonder toute notre image de la médecine générale.
Ce qu’on montre à des étudiants en 4e année dont la moitié sera généraliste plus tard.
Un épisode de Derrick enregistré sur France 3 serait plus motivant.
J’ai eu une vague envie de pleurer, et un fou rire irrépressible. J’ai du mal à concevoir que ces gens-là n’aient aucune honte devant cette exposition. Face à cette catastrophe télévisuelle qui ferait fuir le plus motivé des étudiants.
Alors forcément, ayant eu la chance de voir qu’il EXISTE des films plus didactiques, plus proches de la réalité, plus motivants, plus intéressants… je suis allée naïvement poser la question :
– Mais pourquoi ?… Pourquoi ??
– Il faut replacer ce film dans son contexte, blablabla, variété des motifs de consultation, blablabla, une autre époque, blablabla…
– Mais vraiment, c’est indispensable, un film comme ça, là ?
– Ah de toute façon, c’est pas moi qui décide.
OK.
C’est jamais eux qui décident.
Ça c’est de l’excuse de compétition.
Et on nous servira encore cette sauce pendant des années et des années.
Enfin, on a l’habitude, si les généralistes étaient les seuls enseignants à ne jamais – oh grand jamais – se remettre en question, ça se saurait.
Edit : Ayant redoublé ma 4e année, j’ai eu l’inestimable chance d’assister à nouveau à ce merveilleux séminaire. Vidéo incluse. Bin c’est encore pire la deuxième fois.
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A propos openblueeyes

Apprentie docteur en pédiatrie.
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Un commentaire pour Médecine G.

  1. openblueeyes dit :

    Et voici les commentaires initialement laissés sur canalblog avant le déménagement :
    1. bé bon courage…et surtout…ZZzzzZZZ ne t’endors pas ;-)
    – Posté par elodie, 04 avril 2008 à 19:44

    2. Il ne passe pas la Maladie de Sachs de Martin Winckler adapté par Michel Deville dans les facs de médecine ?
    C’est terrible ce séminaire…
    Comment dégouter, faire fuir et déserter en 1 leçon..
    Bien dommage.
    – Posté par Guillaume, 06 avril 2008 à 12:30

    3. Ils tentent de vous démotiver? de vous faire choisir une autre voie c’est ça?
    arf, dommage…
    Ah on a de l’avenir nous les jeunes, de beaux métiers motivants devant nous (ça donne envie de déserter, mais on tient bon !!)
    – Posté par zou, 06 avril 2008 à 23:21

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