Psychiatrie et psychanalyse, de la médecine et du ridicule

Allez, pour mon tout premier article, j’ai vraiment envie de vous faire partager, voire découvrir, ma vision de ce monde si particulier de la Psy.
Il y aurait beaucoup à en dire, mais commençons par une chose : j’ai toujours été fascinée par les théories de Freud, Dolto, et tant d’autres. Je rêvais la « psy » comme une médecine particulière, attachée à comprendre l’Homme, sa folie comme son humanité, le sens qu’il donne à sa vie… une médecine de philosophe, pour caricaturer.
Une lubie comme une autre, me direz-vous. Soit.
Au cours de mes études de médecine, j’ai donc choisi un stage de psychiatrie d’enfants : un microcosme dans ce domaine déjà à part dans le monde de la médecine, un endroit où l’espoir me semblait encore permis pour nos petits patients, et où en idéaliste convaincue je m’attendais à voir des équipes soudées tendant vers un même but : aider et accompagner – que demande-t-on de plus à des médecins, au fond ?
Vous voyez venir ma désillusion ? J’ai découvert une guerre ! J’aurais du m’en douter, même Winnicott en parle… La querelle abérante des « anti-psychanalystes » et des « psychiatres d’inspiration psychanalytique »; de ceux qui ne jurent que par les neurosciences, et ceux qui s’attachent à comprendre l’individu ; de ceux qui prescrivent à tour de bras, et ceux qui leur reprochent de ne pas diagnostiquer avant de prescrire…
Un ridicule au détriment des jeunes patients : pour un enfant qui nécessitait bien de la Ritaline, combien auraient plutôt gagné à pouvoir parler à quelqu’un, sans étiquette préalable ?
Mais inversement, combien de parents culpabilisés, pour ne pas avoir compris que les troubles de leur enfant n’étaient pas « de leur faute » ?
Les deux camps sont consternants. Les uns se plaignent du retard accumulé par rapport aux autres disciplines médicales et scientifiques, en semblant oublier leur histoire et considérant l’enfant comme une machine que l’on n’aurait pas encore assez dé-cortiquée. Dans leur monde, tout est génétique, et si ce n’est pas encore démontré, ça le sera certainement bientôt, avec les progrès de la science ! Ils ne vont pas jusqu’à dire qu’on trouvera un médicament contre l’autisme, mais ils aimeraient bien.
Les autres ont l’avantage premier de chercher à comprendre un enfant avant de le soigner. Intention louable, mais jusqu’où si le paradigme psychanalytique les empêche de considérer toutes les nouvelles approches qui pourraient être bénéfique ? Pourquoi ne peut-on pas accepter les bienfaits bien réels d’une TCC bien menée : ces thérapies où l’on essaye d’identifier des schémas de pensée erronés (par exemple : j’ai peur de parler en public/en classe -> je suis nulle -> j’ai encore plus peur)  pour mieux les déjouer ?
Tout n’est pas perdu heureusement, et je découvre après trois mois de stage qu’il existe des gens pour qui tout n’est ni trop blanc, ni trop noir. Parmi les médecins libéraux notamment, au champ de vision moins étriqué que celui des murs hospitaliers, certains analysent (!) les apports et les travers des uns et des autres, essaient de mettre un peu de cohérence dans leur pratique quotidienne, et – mieux encore – font partager leurs méthodes (très peu universitaires) à l’étudiante curieuse que je suis … Merci à eux !
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A propos openblueeyes

Apprentie docteur en pédiatrie.
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Un commentaire pour Psychiatrie et psychanalyse, de la médecine et du ridicule

  1. openblueeyes dit :

    Commentaires initialement postés sur canalblog avant le déménagement :

    1. Comme dans toutes les spécialités, mais c’est certainement encore plus exacerbé en psy, ce sont les modérés qui obtiennent bien souvent les meilleurs résultats (entendre les plus humains aussi).
    Pour ce qui est de la querelle éternelle entre psy-chanalystes et psy-chiatres, je pense que celle ci ne peut être éteinte que par l’avancée de la recherche en neuro sciences et en sciences cognitives et comportementales. C’est par la compréhension des mécanismes que viendra la réconciliation car alors on sera dans le « vrai ». Pour la part d’humain, elle appartient à chaque médecins et il y en as des bons et des mauvais… comme partout!
    – Posté par Asclepieia, 03 janvier 2008 à 14:29

    2. joli papier, petit poussin … tu promets ))
    – Posté par docteur coq, 08 janvier 2008 à 23:36

    3. C’est marrant j’aurais dit la même chose que toi. M’enfin, j’aurai juste remplacé psychiatre par psychologue. Sinon on s’y retrouve grosso modo…
    La vie est pas facile, moi j’te dis…
    *soupir*
    – Posté par Professeur Chaos, 04 mai 2008 à 14:47

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